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CES BRAVES GENS QUI SURVEILLENT

jeudi 25 février 2016

LÀ-BAS Hebdo n°36. VOISINS VIGILANTS, reportage RADIO : Anaëlle VERZAUX [58’47] CES BRAVES GENS QUI SURVEILLENT

VOISINS VIGILANTS « en liaison immédiate avec les forces de l’ordre ». On voit fleurir cet œil jaune un peu partout en France. Ils seraient 200 000, ces vigilants voisins. Pas des milices, pas des shérifs, pas de délation, surtout pas, mais « des collaborateurs occasionnels de la police » comme le souhaitait l’ardent militant de ce projet en 2007, un certain Claude Guéant. VOISINS VIGILANTS est une entreprise privée qui s’inspire des "neighborhood" américains. Mais qui sont ces braves gens, de quoi ont-ils peur ?

C’est le premier village après la ville. Une coquette banlieue dortoir. Des retraités plutôt aisés, la pharmacie est le seul commerce qui subsiste. VOISINS VIGILANTS est un moyen, sans doute le seul, de se retrouver entre voisins pour lutter contre « les cambriolages, les démarchages, les dégradations, les incivilités diverses », comme les y invitait Claude Guéant, alors ministre de l’Intérieur.

On se souvient hélas comment cet inflexible adversaire de la délinquance fut lui-même pris la main dans le sac. Le 13 novembre 2015, il était condamné par le tribunal correctionnel de Paris pour « complicité de détournement de fonds publics et recel » à deux ans de prison avec sursis, 75 000 euros d’amende et cinq ans d’interdiction d’exercer toute fonction publique. Mais ici une question se pose : des VOISINS VIGILANTS l’auraient-ils dénoncé ?

En dix ans, 10 000 de ces communautés sont apparues en France. Soit 250 000 personnes réparties dans près de 250 mairies. En moyenne, 150 nouveaux adhérents chaque jour. C’est au moins les chiffres qui sont fournis par l’entreprise. Car c’est une entreprise. Une privatisation de la sécurité en somme, dont les agent ne coûtent pas un sou, au contraire puisque ce sont les habitants eux-mêmes qui surveillent et qui se surveillent. Les résultats ? Là où le dispositif est mis en place, le taux de cambriolages chute de 20 à 40%. Chiffre invérifiable, mais peu importe. Sous l’oeil jaune, cette devise :" Si je n’alerte pas la police mon voisin le fera"

À Cuise-la-Motte dans l’Oise, comme à Lompret dans le Nord, Joël, Noëlle & Co are watching you. Pour votre bien.

Commune située à 20 km de Lille, Lompret (2 305 habitants) compte même deux de ses communautés de Voisins Vigilants ! La faute à un no man’s land bordant la voie ferrée, coupant le village en deux. Pas un coupe-gorge, mais de quoi mettre en place des tournées de vigilance. Des rondes, toujours dans l’esprit de la circulaire émise donc par le souriant Claude Guéant le 22 juin 2011, et visant « à rassurer la population, à améliorer la réactivité des forces de sécurité contre la délinquance d’appropriation et à accroître l’efficacité de la prévention de proximité ».

Un reportage d’Anaëlle VERZAUX.